Chapitre premierLes cheveux bouclés, je suis ce gamin aux traits d africain. Socialisé par les potes de sa cité et ceux des endroits un peu mieux réputés, on me nomme métisse. Mélange dans le shaker, résultat de la neige tombée au beau milieu du Sahara cette nuit étoilée d amour. Le grand échiquier de la vie a négligé mon rôle, va falloir trouver sa place sur ce damier noir et blanc.
Les grands peupliers parisiens camouflent la vie de la cité HLM ou je reçois une éducation simple. Beaucoup de respect, de partage et d égalité, d amour et de solidarité. Les mots d adultes prononcés par mes parents font mouche, pas le droit à l erreur pour le bien de la famille, très vite j écoute et comprend. Le regard des autres peut être méchant, il sera ma potion, le secret de ma détermination.
L apprentissage de la lecture se déroule convenablement, parfois le soir mon père me fait écrire des lignes de lettre en majuscule, je m applique. Selon lui, le savoir guérit tous les maux.
Chapitre secondJe suis ce collégien en recherche d identité. Le chant du coq pour me réveiller, je porte le parfum de la méditerranée. A certains cours j arrive en retard, ce n est pas ma faute mais celle des fous du quartier ayant pris d assaut le bus scolaire, quand tu les connais tu rigoles bien, et puis rater une heure de maths sa ne me dérange pas. Voilà le chauffeur nous fait descendre, la nationale nous escorte, le trajet se termine a pied. « Toujours les mêmes », il paraîtrait que notre « avenir est en prison » à chaque trimestre je viens les énerver avec mes bulletins et mes « félicitations ».
Je suis cette façon de parler, la découverte du rap français, ces cheveux plaqués et les premiers baisers volés. J ai un tatoo, je connais mes premières soirées, et grâce à mes horaires de fou j enchaîne les matchs de foot.
Chapitre troisièmeJe suis ce lycéen plutôt malin, les cours se passent assez bien jusqu au moment de l orientation. J aurai besoin d aide ou d une boussole à vrai dire je suis désorienté, en plus l argent commence sérieusement à m'obséder. Sans le vouloir j ai le vice des bonnes affaires, bien sur je n ai pas toujours eu du flair sinon les heures de colle j'les aurais pas faites, je n aurais pas non plus insulté Collette. J'te jure se faire virer c est bête ! Heureusement les profs apprécient ma plume, ma technique s affûte, je suis ce drible sur le bitume.
Les étés au quartier me prennent la tête, la brochure a omis de préciser la vue panoramique sur des montagne de béton : ses fenêtres s allument à 5h du mat en période de ramadan. Le vigil du centre co' a bien été formé, le discriminé devient discriminateur ... je ne m étonne plus d être suivi au rayon sport.
Avoir le bac c est bien, avec mention c est classe, je me sentais aussi bogoss que ma photo avec la glace.
Je suis toutes ces vannes bien aiguisées, ce tag pour représenter. Panam c est Châtelet ou Clignancourt, et histoire que les pauvres puissent s évader : le week-end la carte imaginaire est dézonée.
Chapitre quatrièmeJe suis cet étudiant en manque d aisance devant le costume cintré d autres types zélé. Je respire la zone d éducation prioritaire, ces préjugés commencent à me faire douter ce que seules les heures de bibliothèque parviennent à éliminer. Merci ba' merci m'man je suis du genre entêté. J accélère, puis passe la deuxième, sur ma route je découvre une perle, son charme m émerveille, nos discussions me font grandir.
Sur mon torse l amitié a laissé sa trace au fer rouge, la sécurité routière ne m a pas oublié : 4 points juste pour ce feu rouge. Je refuse d être une victime de la société alors je continue a conduire le micra et le 206cc.
J ai l expérience d un sans papier, d un séjour en G.A.V, de plus d un recalage de boites même pas cotées.
Je veux avoir les honneurs de la grande porte, et la franchir avec mes potes. Un cordon de chicha pour nous relier, les autres s énervent autour d un poker en état d ébriété.
Tu me connais... le sourire aux lèvres pendant un contrôle d identité, je brandis fièrement ma troisième année de droit, on sait lire on sait écrire, faut pas croire ce qu ils disent à la télé.
J ai ma définition de l ascension sociale : toujours en casquette - djellaba dans mon cabinet d avocat. « Monsieur l agent ne m insulte plus... l esclave est devenu Maître ».
Epilogue
Je crains la mort et ses manières alors ma chérie fait moi croire en l Amour.
Je suis l histoire de mon père et la tolérance de ma mère, la fougue de mon frère et la beauté de ma s½ur. Je suis le souffle du sirocco sur les hauteurs du sacré coeur.
J ai l accent des bidonvilles, la rage des ouvriers. Je voudrai avoir le courage des français qui ont résisté, de ceux qu il ne faut pas oublier. Je suis l Indigène pieds nus sur les champs Elysées.
J ai le jeu de jambes d
Ali et le crochet de
De La Hoya, le combat de
Malcolm X pour la logique de
Luther King. L'honneur d
Abdelkader, l envie d unir de
Gandhi et la discrétion de
Schindler. Je suis l Algérie libérée, et la peine des familles des victimes. J ai l imprévisibilité d un Tsunami et la spontanéité de mes fous rires. Garde sa pour toi : je me noie dans les yeux d un nouveau-né.
Je suis toutes ces années perdues mais à jamais gagner par
Mandela.
Comme
lui sur le toit du monde, j espère ne jamais oublier qui je suis. Et si tu trouves que j abuse c est que tu ne dois pas avoir l humour de
Debbouze.
En noir et blanc sur un fond de soul, je suis cet Indigène pieds nus sur les champs Elysées.